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dïauté f. et m.
ÉtymologieEmprunté au mlt. DIALTEA “confection de guimauve” (9es. – 15es., MltWb 3,546,67 dia1; LathamDict 1,646b dia1; A. Thomas, ALatMA 5,120), formé sur le lt. ALTHAEA “guimauve, Althaea officinalis L.” (dès Pline, ThesLL 1,1762 [< gr. ἀλϑαία “id.” LidScot 1,64b]) avec le ‘préfixe’ lt. DIA- [emprunt de la prép. grecque δία “à travers de, avec” LidScot 1,388b], employé largement dans la formation de désignations de médicaments. V. → altee DEAFpré. – Cp. lt.tard. dialthaeon “confection à base de guimauve” (ca. 400 chez Theodorus Priscianus, cf. A. Thomas, loc.cit.).
La dïauté désigne, en principe, un onguent préparé essentiellement à base de la racine de guimauve. D’autres plantes peuvent être ajoutées, et on trouve même une recette médicale dans laquelle il n’est pas question de guimauve, v. l’att. de RecMédBNlat8654bM ci-dessous. Comme il ne semble pas exceptionnel qu’un ingrédient donneur de nom est absent de la recette, il est probable que le nom du produit reflète une qualité typique, résultant à l’origine de cet ingrédient, ici le mucilage (songer aux doigts de poisson végétaliens actuels). Dans la recette mentionnée il y a des fleurs de genêt, elles mucilagineuses aussi, aptes à lier suffisamment les autres substances (Hagers Handbuch der pharmazeutischen Praxis 1938 1,1344).
Rem. no 1: Dans une recette méd. agn. il est question d’un letewarie c’omme apele diantos (éd. P. Meyer, R 38,441). Meyer se demande si c’est l’afr. diauté de RecMédBNlat8654bM, mais un électuaire (pour l’estomac) n’est pas un onguent, et diantos et var. est bien attesté en afr., cf. FEW 24,648b et v. → diantos DEAFpré.
Rem. no 2: Le mot *dïautique est attesté une seule fois dans CoincyII9M 2512 dans le cadre de la diatribe du poète contre les médecins en général. Comme l’éditeur a publié un texte composite de plusieurs mss., nous donnons ici celui du ms. BN fr.24300 f°102r°a (2em. 13es.). Il est question des médicaments douteux que les médecins donnent à leur clientèle: Manjucent les cil qui les font! Sa nature ocit et confont, Si me consaut li bers sainz Giles, Qui use assez siroz et piles Et qui croit maint fisicien, Car ne sont pas tuit Galien Cil qui se vivent de fisique, Ne sevent pas tuit dëautique. Dans le ms. il y a une lacune de 22 vers, et le texte reprend: L’ampereriz la sainte fame De la sainte herbe nostre Dame Marchié plus grant fet et meillor Que nos font certes dou lor. Gdf 2,432c enregistre le mot et définit “magie”, TL 2,1230 ne donne pas de définition, mais renvoie à Gdf “magie !”, ce qui veut dire que Lommatzsch n’était pas convaincu de cette définition. Dans CoincyII9K et -Kr 2504/5 les vers correspondants se lisent (avec de petites divergences graphiques) D’aus n’os parler plus ici, que Mout crien encor qu’entr’aus ne chaie, sans que dëautique se trouve dans les variantes. Nous considérons le mot, sous réserve, comme dérivé de dïauté en -ique, à l’exemple des mots comme arismetique, fisique, logique, etc., pour désigner les connaissances et l’art de produire des onguents.]
[La dïauté désigne, en principe, un onguent préparé essentiellement à base de la racine de guimauve. D’autres plantes peuvent être ajoutées, et on trouve même une recette médicale dans laquelle il n’est pas question de guimauve, v. l’att. de RecMédBNlat8654bM ci-dessous. Comme il ne semble pas exceptionnel qu’un ingrédient donneur de nom est absent de la recette, il est probable que le nom du produit reflète une qualité typique, résultant à l’origine de cet ingrédient, ici le mucilage (songer aux doigts de poisson végétaliens actuels). Dans la recette mentionnée il y a des fleurs de genêt, elles mucilagineuses aussi, aptes à lier suffisamment les autres substances (Hagers Handbuch der pharmazeutischen Praxis 1938 1,1344).
Rem. no 1: Dans une recette méd. agn. il est question d’un letewarie c’omme apele diantos (éd. P. Meyer, R 38,441). Meyer se demande si c’est l’afr. diauté de RecMédBNlat8654bM, mais un électuaire (pour l’estomac) n’est pas un onguent, et diantos et var. est bien attesté en afr., cf. FEW 24,648b et v. → diantos DEAFpré.
Rem. no 2: Le mot *dïautique est attesté une seule fois dans CoincyII9M 2512 dans le cadre de la diatribe du poète contre les médecins en général. Comme l’éditeur a publié un texte composite de plusieurs mss., nous donnons ici celui du ms. BN fr.24300 f°102r°a (2em. 13es.). Il est question des médicaments douteux que les médecins donnent à leur clientèle: Manjucent les cil qui les font! Sa nature ocit et confont, Si me consaut li bers sainz Giles, Qui use assez siroz et piles Et qui croit maint fisicien, Car ne sont pas tuit Galien Cil qui se vivent de fisique, Ne sevent pas tuit dëautique. Dans le ms. il y a une lacune de 22 vers, et le texte reprend: L’ampereriz la sainte fame De la sainte herbe nostre Dame Marchié plus grant fet et meillor Que nos font certes dou lor. Gdf 2,432c enregistre le mot et définit “magie”, TL 2,1230 ne donne pas de définition, mais renvoie à Gdf “magie !”, ce qui veut dire que Lommatzsch n’était pas convaincu de cette définition. Dans CoincyII9K et -Kr 2504/5 les vers correspondants se lisent (avec de petites divergences graphiques) D’aus n’os parler plus ici, que Mout crien encor qu’entr’aus ne chaie, sans que dëautique se trouve dans les variantes. Nous considérons le mot, sous réserve, comme dérivé de dïauté en -ique, à l’exemple des mots comme arismetique, fisique, logique, etc., pour désigner les connaissances et l’art de produire des onguents.]
dïauté RoselLec 2034, diauté PlatPractH f°128v°; ChirRogH f°262r°; ChansPieusJ CXXVIII 16; LSimplMedD 48 [c.r. sg. -tez]; AldL 55,2; FaucMedc TilGlan; RecMédBNlat8654bM 32, dÿauté RoselP 2036, dyauté AldL 55,30; 72,24; RecMédEpidaA 9v°b, dialté MédLiégH 1202; ChirPoutrS 20r°9; 20v°23, dialtee ChirRogH f°274r°; AntidNicD 77; HMondB 839; 1063, dyalté ChirPoutrS 6v°20; 69r°5, diaté AldL 55,2var., dëauté RoselMich 2046, deauté BibleMacéS 6458 [c.s. sg. -tez]; [ProstInv 2,1555; ]recette HuntMed 258,148; 259,153; RecMédAvenceH 214,83, deaulté CptRoiJAnglD p. 213, deuté RecMédRawlH 36,319 [deux att.], dioté LettrHippocH 3, dyaltea [forme latinisante] HMondB 2123; RecMédEpidbA 103r°a)
(- ◆“onguent préparé, en général, à base de la racine mucilagineuse de la guimauve, et dans lequel d’autres ingrédients sont ajoutés” (ca. 1230 – 1929(1), RoselLec 2034 [Se tu te tiens en loiauté, Je te donrai tel dïauté Qui de ta plaie te garra]; PlatPractH f°128v°; ChirRogH f°262r° [oingnez le liu de diauté u de marciaton]; f°274r°; LSimplMedD 48 [oigniez le piz de diautez ou de boure]; AldL 55,2; 55,30; 72,24 [(deux ou trois semaines avant l’accouchement, à la femme enceinte) doit on faire oindre les gambes, les cuisses, le poinil, et entour le liu privé d’oile de camomille, de gras de geline, d’escume de burre, de dyauté]; MédLiégH 1202 [Del wimaule fait ons le dialté u ongement]; FaucMedc TilGlan; recette HuntMed 258,148; 259,153; ChirPoutrS 6v°20; 20r°9; 20v°23; etc.; 69r°5; RecMédBNlat8654bM 32 [A faire diauté, triblez bien flour de genest, pis les cuisiez en cire novele, en encens, en huile fresche, en saïn de porc fres, et ratis de mouton ovec; et quant ce sera bien cuit, si coulez et metez en boiste]; HMondB 839; 1063; 2123; RecMédAvenceH 214,83; RecMédRawlH 36,319 [deux att.]; RecMédEpidaA 9v°b; RecMédEpidbA 103r°a; [CptRoiJAnglD p. 213; ProstInv 2,1555], TL 2,1229 dëauté; 2,1912 dïauté; Gdf 2,432c deauté; 2,708a dialtee; GdfC 9,377a dialthee; Mts 838a; ANDEl; DMF; TilGlan 71; FEW 24,359b)
- ◆loc. subst. onguent / oignement dïauté “onguent préparé, en général, à base de la racine mucilagineuse de la guimauve, et dans lequel d’autres ingrédients sont ajoutés”"id." (ca. 1245; 2em. 13es., LettrHippocH 3 [Uignement dioté: Pernez la rascine de wymalve livere .ii., fenugrec e la semence de linois u la rascine de luvasche u de burage, de ambes livere .i., squillis u oignuns livere demi]; AntidNicD 77 [unguent dialtee], Mts 838a)
- ◆dïauté emploi métaphorique “onguent préparé, en général, à base de la racine mucilagineuse de la guimauve, et dans lequel d’autres ingrédients sont ajoutés”"id." (dit de la Vierge bienfaisante) (13es., ChansPieusJ CXXVIII 16 [Douce dame debonnaire, En cui sont toutes biautés… Tu es la droite diautés Par quoy la santés repaire A ceus qui se weulent traire De toute desloiautés])
- ◆dans une image “onguent préparé, en général, à base de la racine mucilagineuse de la guimauve, et dans lequel d’autres ingrédients sont ajoutés”"id." (se référant au pape) (ca. 1300, BibleMacéS 6458 [Et cestes .iij. choses por voyr Doit cil qui porte mitre avoyr, Qu’aus avuigles luisanz doit estre Et doit ceaux qui ont fain repestre Et si doit aus enfermetez Estre douce oincture et deautez; Lumere en essemple donent, Viende au besoigneux poissent, Onction en disent paroles A son pouple, douces et moles])
●dïautique f.
dëautique 2em. 13es. CoincyII9M 2512)
(- ◆“connaissances et art de produire des onguents (?)” (2em. 13es. [date du ms.], CoincyII9M 2512 [v. le contexte dans la rem. 2 ci-dessus], Gdf 2,432c [“magie”]; TL 2,1230 [sans déf.])