DEAFplus
article imprimé
rédaction: Frankwalt Möhren
estandart m.
[ÉtymologieÉtymologie discutée dep. Mén 1650(1). Diez 307 classe fr. étendard sous it. stendere, fr. étendre, les faisant remonter au lt. EXTENDERE “étendre”. Il est suivi par OED S 814a et REW1 3083. Spitzer R 76 (1955) 84-89, propose une base primaire *STANDALE, composée de germ. STAND-, racine verbale (G. Paris et M. Brüch) et du suff. -AL, ce que Wartburg, FEW 17,220b, réfute (-al serait savant) pour proposer pour estandart (en suivant plus ou moins Brüch) un germ. *STANDHARD adj. “qui reste debout [STAND m. “ce qui est debout, érigé”] fermement [HARD adj. “téméraire, ferme”]”, substantivé(2). Gamillscheg ZrP 41 (1921) 529 avait avancé frq. *STAND-ORT m. “lieu de rassemblement”, ce que REW3 9714 enregistre (signé ‘Gamillscheg’), mais que Gam2 n’accepte plus (tout comme extendere etc.). Gamillscheg se contente dans Gam2 400a (1968) de: ‘étym. inconnue’; StotzLex (2002) §28.12 de même ‘origine disputée’. Möhren, ‹Englisch standard›, actes du coll. ‘Englisch und Romanisch’, p. p. W. Dahmen et al., Tübingen 2005, 53-75, propose (63) de revenir à Spitzer et de partir de estendal(e) “étendard”, dér. en -al(e)(3), qui serait primaire, et de considérer la dérivation en -art comme un changement de suffixe. La formation avec le suffixe lt. -ALIS (d’abord dér. dénominaux comme aequus > aequālis) se classe parmi les désignations d’outils derivées de parties du corps (p. ex. lt.tard. nāsāle (du frein du cheval), Isid, afr. nasel, nasal (du heaume); etc., v. StotzWortb § 75). Pour le changement de suffixe, Spitzer R 76,89 mentionne le nom de l’épée de Roland Durendal qui se nomme Durendart dans les versions tardives; d’autres ex. v. Möhren, art. cité, 63-64. Le suffixe, qualifiant ou désignant d’abord des personnes puis des objets, confère à ces derniers souvent un caractère personnifié, ce qui vaut aussi pour l’estandart(4). En considérant la datation assez ancienne de stantarius, -a, -um adj. “qui est debout (d’une personne au moment d’être frappé par la mort)” (fin 4es. Jul. Val. 3,17,124a, Gaffiot 1474a; sepe stantaria “poteau (de clôture)”, 643 Édit de Rothari) et de stantarea f. “candélabre, lampadaire” (471 Donatio Tiburtina stantarea argentea, B. Löfstedt, Stantarius, dans Eranos 63 (1965) 150-154)(5), il semble permis de proposer lt. STANS, STANTIS, p.prés. de lt. stare, comme point de départ direct d’un groupe de mots assez répandu comprenant estandart et estandale. Dès 1923, Tilander avait relevé la productivité du lt.vulg. stante (TilRem 53, développant ThomasNEss 267). Comme formations parallèles, Löfstedt Eranos 63,154 mentionne sedentarius et praesentarius pour appuyer une dérivation directe en partant du p.prés. stans (sans se distancer pourtant de l’étym. germ. du FEW). En mlt. on rencontre petra stantiva “pierre érigée” (doc. 11es., cart. de Quimperlé, déb. 12es., DC 7,582c), stantem antiquum, une pierre (érigée à date ancienne) marquant un terrain (doc. 1038, Chartul. S. Vict. Massil., DC 7,582a stantes), stantarum “étendard” in Gesta Francorum, prob. 1099, l.X, ch. 29 de l’éd. Bréhier p. 214: Comes autem de Nortmannia cernens ammirauissi stantarum habere quoddam pomum aureum in summitate hastae (NiermeyerBu 1289a), etc. Les rapports avec les autres membres de la famille de lt. stare, et notamment avec le groupement ‘Stehen / être debout’ de l’article stare, FEW 12,237a-238b, I.1.a., et avec celle de lt. extendere “étendre”, FEW 3,325b-327a, sont à élucider. Le sens premier d’estandart est “étendard”. Il traduit fréquemment lt. vexillum, ayant le même sens: bannière colorée montée sur hampe et traverse, surtout de la cavallerie, pouvant porter d’autres insignes, décors ou objets, servant d’insigne de l’armée ou de ses détachements et, plantée sur la tente du commandant ou sur le mât du vaisseau amiral, de signal d’attaque (PaulyKl 1242)(6). Les textes afr. les plus anciens semblent désigner par ce terme d’abord surtout les étendards(-tentes) des adversaires païens, v. les citations, infra. Le mot se prêta facilement au sens métonymique de “porte-étendard”, correspondant à vexillarius, par son suffixe originellement formateur de désignations de personnes. Le mot fr. s’est propagé dans les langues voisines: occ. estandard (déb. 13es., Rn 3,201b; DOM) et estendart (P. Durand, Rn), it. stendardo (dep. 1310-12, OVI; CellaGall 557-558), cat. estandart (dès ca. 1330, AlcM 5,536a; CoromCat 3,767b; 768b), esp. estandarte (Alf. Siete P. II xxiii 13, Corom2 2,774b-775b, cf. Wartburg RLiR 23, 1953, 222-223), port. estandarte (dep. 15es., Mach3 2,478a), etc. Le sens de “unité légale de mesure; sa représentation matérielle” (2o) s’est créé en agn. en fonction des évolutions juridiques des temps de Richard Ier à Édouard Ier, aboutissant à l’acte Extenta manerii de 1276/77, entraînant la fixation des unités de mesure par ou sous l’œil de la couronne (prem. att. lt. 1274, agn. 1279/80, v. l’article cité de Möhren, p. 71-73; Delisle 527: non appliqué à la Norm.). Il semble suffisant d’interpréter cet emploi de standardum / estandart comme métaphore directe, effectuée en agn. et anglolt. (Möhren p. 61 et 69(7)). L’adoption de la forme latine, latinisante ou ‘continentale’ (à a bref) par l’anglais, standard, au lieu de la forme agn. (à a long), doit s’expliquer par le prestige des règlements touchant les mesures (Möhren, ib. 61 pour la phonétique et 73-75 pour les conclusions)(8). L’anglolt. reflète de près ces évolutions: 1o “étendard”, av. 1135, 2oa “poteau”, 1228, 2ob “id., comme pièce centrale du moulin à vent”, 1248, puis, 5oa “mesure ou poids standard, étalon”, 1274 [recepimus novum standardum, remplaçant l’ancien], 5ob “id., officiel, établie par la royauté”, ca. 1290 Fleta [cura et custodia mensuram regis, que pro standardis et exemplaribus mensuram regni habentur, ulnarum viz. lagenarum, ponderum, bussellorum et huiusmodi, repris par BrittN, cité infra], 5oc “id., de pièces de monnaie”, apr. 1280 (LathamDict 2,3182ab). C’est l’angl. standard qui a été emprunté par le fr. (1692 parlant de faits angl., aussi 1857, puis dep. 1887; FEW ‘1702’ vient de Bonaffé qui le tient de Miege, v. Höfler 253a; MöhrenLand 162) et par les langues du monde.]
(estandart ca. 1100 RolS 3267; 3330; 3552; GormG 7; 39; 63; EneasS1 4102; ThebessM 10403; HornP 1707; RouH III 6963; PercB 2329; AlexParA II 2952; GarLorrI 624; etc.etc.ThomKentF 4143; AliscRé2 5277; 6405; 6947; ElieF 2323; RCambrK 1867; RCambrM 2046; RobDiableL 2874; 3302; SaisnaB 441; 1350; 1971; SaisnlB 3376; 5997; 6612; 6620; VengAlE 644; 1448; EscoufleS 1059; 1247; HValL §512; MeraugisS 183; MortAymR 1789; 1804; 1836; 2281; Bueve1S 1705; 9371; 9378; Bueve3S 10928; 10935; 10945; OgDanE 7976; LancPrK 318,13; 326,12; 561,16; AlNeckUtens HuntTeach 2,101 (71); EnfGuillH 961; 972; 2177; 3011; HerbCandS 2,306,518-591; CoincyII29K 927; HAndBatC 303; ChansArtB XXII 205; MousketR 4465; 6120ss.; 22243; RutebF 1,417,140; BenTroieC 16382var.; ClarisA 6604; SimPouilleb/cB; HemH 3719; RoisinM ch. 208; RichH 2617; Pères19L 9763 var.; GGuiB 1,280,6830; VoeuxPaonR 5254; JMoteRegrS 2703; doc. 1338/39 JeffersonGold p. 10,-3; doc. orig. 1341 ChazelasClos 1,160,392; BastC 6309; BelleHelR 6280; GalienD 1113; 1506; 4287; 4355; 4644; [BaudSebC 2850; 2918; 19011; 19883; FroissChronL 5,172, § 444,20; doc. orig. 1385 ChazelasClos 1,282,1232; EvQuenJe 81,188; ]AlexParhM 244,27, estandard AmbroiseA 5746; AlNeckUtensH 248 (71); AlNeckUtens HuntTeach 2,57,87; LReisEnglG 136; RegPinchbeckH 2,29; doc. 1339/40 JeffersonGold 14,3; [GodBouillBruxR 26086; ]doc. 1347 RotParl1M 2,172,61, aistandart MortArtu ms. 3eq. 13es. GdfC, astandart MortArtu ms. 3eq. 13es. GdfC, estaindart BaudSebC 9783, estandaert GodBouillBruxR 8988, ⁠lorr. estandairt ChansBern389B 311,2 estandairs c.s.; 458,5 estandairs c.s., ⁠s.l. estandar RobDiableL 1445 var. hain. ca. 1400, estendart BenTroieC 16382; GarLorrI 8503; Turpin6W 60,10 [ms. Est]; Bueve3S 10928 var. ms. champ.sept. 13es.; doc. Pas-de-C. 1334 Gay; SongeVertC 530; [DeschQ 7,258,160; ArmArgM 1355-65 pl.], ⁠Terre s. estendar ChronTemplTyrM 211,1; 213,2; 219,1; 220,3, ⁠It. estrandras c.s.⁠ BenTroieC 16382 var. ms. It., ⁠lorr. etandart SaisnlB [6620] var. R 850, ⁠mfr. standar doc. liég. 1440 FEW, ⁠francoit. stendart OgDanAlC 474, ⁠agn. estaundart BrittN 1,4; 1,189 ch. xxxi,5; 1,190; OakBookS 1,46, ch. 35; doc. Edw. III, estaundard RedBookH 3,980; BrittN 1,186 ch. xxxi,1; HosebDunsterO 14; 15, estandarde BlackBookT 1,80 ch. 31; 1,164 ch. 57, standart CommPsia2G2 XLVII 100, standard LReisEnglF 148,35-37; doc. 1340/41 JeffersonGold 14,-2; RedBookBristolB 1,54)
  • 1o“bannière colorée montée sur hampe et traverse, pouvant porter d’autres fanions, décors ou objets, servant d’insigne de l’armée ou de groupes de combattants (ou encore de groupes sociaux), portée à cheval ou plantée sur le point de rassemblement, ou sur la tente du commandant ou sur le vaisseau amiral, étendard”(9) (dep. ca. 1100, RolS 3267 [estandart Tervagan e Mahum]; 3330 [Carles… vit l’amiraill E le dragon(10), l’enseigne e l’estandart]; 3552 [l’estandart Mahumet]; GormG 7 [puis mist avant sun estandart (le païen Gormont, en attaquant à cheval; cette formule revient dans cinq refrains; ensuite quatre autres occurrences)]; EneasS1 4102 [La fist fichier son estandart (là où s’installe le camp des assiégeants)]; ThebessM 10403 [Cil descendent a l’estandart (qui marque le point de rassemblement; = éd. C 8613, R 8175, P 8175]; CommPsia2G2 XLVII 100 [Cristus… a levee s’ensegne super montem Sion. La saloient tuit ad vexillum sancte crucis. Ceo est li standars, ceo est li force]; HornP 1707 [vet a l’estandart, Si ocist qui·l teneit, le paen M.]; RouH III 6963 [fist son estandart drecier (var. lever mss. fin 13es. et 17es.) Et fist son gonfanon fichier (var. son gonfanon dessus fermer)]; PercB 2329; etc.etc.; AlexParA II 2952 [Quatre roi soustenoient devant lui (Dayres) l’estandart]; GarLorrI 624 [(par l’attaque) Soz l’estandart les ont a force mis]; 8503 [Nostre enpereres fet l’estendart venir Et sel fet bien de chevaliers garnir]; ThomKentF 4143 [Sil (le destrier Bucéphale, blessé) tret a l’estandard e as marchals le rent]; AliscRé2 5277 [Lors fu li cor a l’estandart sonez]; 6405; 6947; etc.etc.; ElieF 2323; RobDiableL 3302; SaisnaB 441; 1350 [Souz Tremoigne se logent, la fu li estandars]; 1971; SaisnlB 5997; VengAlE 644 [l’estandars est levés, Li confanon desploient (en arrivant au port)]; 1448 [conoisent l’estandart et le flor (prob. “cimier”)]; EscoufleS 1059 [fist estre les gens le roi Derriere et devant l’estandart]; 1247; HValL §512 [Nous n’avons chi autre fremeté ne autre estandart fors Diu tant seulement et vous (l’empereur), image]; etc.etc.; AmbroiseA 5746; MeraugisS 183 [au tournoi]; MortAymR 1789; 1804; 1836; 2281; Bueve1S 1705; 9371 [estandart (des Sarrazins) qui la estoit bastis]; 9378; Bueve3S 10945; 10928; 10935; LancPrK 326,12; AlNeckUtens HuntTeach 2,101 (71) [statelum : estandart, ms. 1em. 13es.]; AlNeckUtensH 248 (71) [statelum : lei, estandard]; EnfGuillH 961; 972 [L’estandart porte a l’aigle entaillie, Trestote est d’or, sor quatre crois petites, Et quatre autres… Dedans chascune avoit riches reliques]; 2177 [Les destriers brochent, s’issent de l’estandart (avant appelé loiges et treif: tente du commandant arabe)]; 3011; etc.etc.; HAndBatC 303; MousketR 4465; 6120ss.; 22243 [Atourner fist son estandart]; MortArtu ms. 3eq. 13es. GdfC; RichH 2617; 2655; LReisEnglF 148,35-37 [le signe le rey, que home apele standard… enporterent le standard, éd. G 136 apele standard… le estandard]; OgDanAlC 474 [Ad Aleris (le porte-étendard) fo la stendart abatu]; VoeuxPaonR 5254 [drecier L’estandart devant moy (var. e. de mon tref GodBouillBruxR 6,744b) et si apparellier Que perdant et navré s’i puissent ralÿer]; HerbCandS 2,306,518-591 [l’estandart l’amirant… le mestre estandart (description: en or, faisant partie d’une grande tente: .xx.m. honmes y porent mengier touz en seant, comportant un aigle etc.), ms. It. 1em. 14es.]; etc.etc.; [BelleHelR 6280 [Quant ly Sarazin virent leur seigneur mort jeter, A l’estantart revinrent le conroy ordener]; [BaudSebC 2918 [A l’estandart emmaine les .ij. destrierz (comme butin lors d’un tournoi)]; 2850 [.xx. chevaus avoit Menés a l’estandart (comme butin lors d’un tournoi)]; FroissChronL 5,172, § 444,20 [Et fu li pennons messire Eustasse qui estoit li estandars et li ralloiance des Englés, conquis et tous descirés]; ArmArgM 1355-65 [En armoirie, bannieres sont plus nobles que estendars, en batailles et journees assignees estandars sont plus nobles que bannieres…]], Gdf 3,599b [“signe de ralliement” pour FroissChronK]; GdfC 9,560c; TL 3,1358; Foerster 113b; Gay 675b [la bannière]; 676b [tente etc.]; ANDEl estandard1; FEW 17,219b)
  • “id.”, sur un char⁠ (1erq. 13es.ca. 1307, Turpin6W 60,10 [li sarrazin…; avoit .j. char, et le treoient .viij. bues, et avoit sus .j. lonc fust, et sus ce fust une lance et une vermeille enseigne…; nus ne s’en foïst de la bataille tant conme cil estendarz, ms. lorr. 2eq. 13es.; var. ms. ca. 1275 Turpin5Wa p. 125b si l’apeloit on estandart, ms. ca. 1370 ib. 125a estandard]; ClarisA 6604 [l’estandart l’emperëor… Et de Rome li estandarz… Sor .iiii. roës iert assis Desus .i. char fort et massis. En une pierre merveilleuse Iert la baniere redouteuse, Que cil de Rome tant amoient Que lor estandart le clamoient, vérif. sur ms.]; GGuiB 1,280,6830 [Othes… fait lors son estandart drecier… Un grant dragon ot sus la perche Qui fu sus un biau char posee, Vers France ot la gueule baee Pour le reaume chalengier, Come s’il deüst tout mengier, reprend ChronSDenis BN fr.2615 fo 210roa, mais ajoute le char], Möhren dans Englisch und Romanisch, éd. W. Dahmen, 2005, 66(11))
  • ⁠t. de mar. “id.”, sur un bateau amiral(12) (av. 1320EncM 1787, ChronTemplTyrM 211,1 [(une flotte à) .ii. estendars]; 213,2 [alerent envestir la gualee de l’amirail des Pizans, la ou estoit l’estandar vermeil…, et brizerent la perche de l’estandar et chaÿ]; 219,1 [mirent (sur la galère de l’amiral) .i. grant estendar de Saint Marc]; 220,3 [estendar de Veneyse (sur un bateau)]; doc. orig. 1341 ChazelasClos 1,160,392 [bannieres et pennonceaux, estandars et gaillars de sarge des armes du roy]; [doc. orig. 1385 ChazelasClos 1,282,1232 [banieres et estandars… pour le fait de ceste presente armee de la mer]], DMF A.2.; Jal2 589a; FennisGal 877-879)
  • “id.”, dans une comparaison, dit d’un héros⁠ (ca. 1220, LancPrK 318,13 [(le héros) est a toz abandonez autresi com uns estandarz. Et il feroit…])
  • ⁠emploi métaph. “personne étant un modèle par son caractère (dit aussi de la Vierge Marie), ses prouesses etc., souvent le porte-étendard même” (ca. 1170ca. 1500, BenTroieC 16382 [(plainte après la mort d’Hector) Qui nos sera mais confanons, Chasteaus, estendarz ne dragons? (var. ms. 2em. 13es. estandart, ms. It. 14es. estrandras)]; RCambrK 1867 [jure Dieu q’il fera l’estandart (dans la bataille, le héros veut attirer l’ennemi sur lui)]; RobDiableL 2874 [C’est l’estandars et la quintaine Qui vencu a vostre bataille (dit du héros)]; SaisnlB 3376 [est bons chevaliers… C’est l’estandarz de France; a lui sont retorné]; 6612 [periz (= mort) est l’estandart (Bernard, le porte-étendard) Ou ralioient Franc an l’ost]; 6620 [failliz est l’estandart Et li miadres escuz]; OgDanE 7976 [li Danois fu estandars devant]; LancPrK 561,16 [Lanceloz Qui estoit estandarz (comme combattant farouche)]; CoincyII29K 927 [la Vierge Marie; absent de ColletCoincy]; ChansBern389B 311,2 [la Vierge Marie]; 458,5 [la Vierge Marie]; RutebF 1,417,140; HemH 3719 [fait de son cors estandart]; etc.etc.Pères19L 9763 var. [(la Vierge est) Li estandars qui ne se muet]; JMoteRegrS 2703 [Li faus trençans… A abatu dou monde l’estandart]; SongeVertC 530; BastC 6309 [(le gravement malade) est lor estandart]; GalienD 1113 [(Olivier et Roland) Vous estes les eschaquez pour France rennoyer Et le vray estandart pour France ralier]; 1506; 4287; 4355; 4644; [GodBouillBruxR 8988 [ceste bataille… Jusques a l’estandaert fu batue]; 26086 [estandard Mahommet]; BaudSebC 19011 [qu’i tient pour estandart (le héros)]; 9783 [Bauduïns… Qui fu lor estaindart]; 19883 [Il est cousins au conte, il en fait estandart (il s’enorgueille de son appui, le représente, à tort? - un malveillant parle)(13)]; DeschQ 7,258,160 [(au jeu de dés qn. admire le joueur gagnant) ‘Or esgardez quel estandart!’]], TL 3,1359,37; DMF B., 2e alin.; Hu 5,613a sub parabatre(14); FEW 17,219b [“personne qui sert de signe de ralliement” pour BenTroie; aj. occ. 13es. FerabrasB estandart et P. Durand estendart, Rn 3,201b])
  • 2o“poteau vertical comme élément de construction essentiel (p.ex. pivot du moulin à vent)”(15) (av. 12401628, ChansArtB XXII 205 [el molin n’a home Qui tant sace barat ne ghile… De lui vaurai faire estandart, Car il blangist et tempre et tart, avec note; gloss. ‘?’ (= éd. J); le poème est consacré au thème du moulin à vent, symbole du mensonge (p. 231); l’explication est fournie par les tout premiers vers du poème: le moulin sera fait sans bois de construction, mais d’un menteeur Plain de truffe, etc.], Lac 6,90a [1628 Cout. Termonde, Flandres(16)]; TL 3,1360,11 [à corr., v. comment. gén. supra]; CoutantMoulin 650 [doc. flandr. 1388-1470]; FEW 17,220a [‘hap. 13es.’; «Belgien (!) 18. jh., Lac» = Cout. de 1628, éd. 1724, Lac])
  • “sorte d’outil sur pied?”(17) (12833eq. 15es., RoisinM ch. 208 [Chest li vesvés (“préciput”) que dame doit avoir… se milleur cayere, sen bachin, sen pot lavoir, sen estandart le milleur, sen milleur escrign, sen milleur cophere, se milleur taule…(18)]; doc. Pas-de-C. 1334 Gay [A Guill. Lotier pour la taille de 4 basses en quoy li estendart des 4 angles du grant autel sont fondé (supports?)]; [doc. liég. 1440 FEW; EvQuenJe 81,188 [(les voisines) apportent leurs quenoilles, lin, fuiseaux, estandars, happles et toutes agoubilles servans a leur art (pour passer des heures à écouter des récits de chacune d’elles), texte pic.]], TL 3,1360,6; Gay 676b [doc. mlt. Arras 1322 unum estandart… circa lectum; unum estandart de ligno]; 677a [estendart, aussi estendele, cf. FEW 3,326b]; Möhren dans Englisch und Romanisch, éd. W. Dahmen, 2005, 64n25; FEW 17,220a [liég. 1440 «support vertical»])
  • ⁠t. de droit (insulaire?) “sorte de poteau placé en publique comme symbole de la juridiction (dans l’ex. ayant force à protéger d’une persécution un délinquant, qui parvient à le saisir avant d’être capturé, comparé dans le texte à une église comme lieu d’asyle)” (1327, RegPinchbeckH 2,29 [Ensement nous voloms e grantoms qe si nul homme de la ville face felonye e ne puit les entrés du Mouster avoyr, q’il ayle al Estandard qe ceo est deputee, et puisse le dit estandard haper (“saisir”), qe adonqe il soit sauve auxi avant cum il sei eüst mis en la Eglise tan q’il puisse aver entree en la Eglise, ms. 1333], ANDEl estandard1, cf. MED 92,589a, standard 2.b. [déf.?] cit. ca. 1475-1525/?1434; DRW Pfahl I.5; Friedpfahl)
  • 3o“gros cierge (pour chandelier pique-cierge d’église p.ex.)”(19) (1338/391340/41, doc. 1338/39 JeffersonGold p. 10,-3 [(confrérie des orfèvres de Londres, dépense récurrente chaque année) pour… .ii. estandard a Seynt Pol .ii. s. .iiii. d.]; doc. 1339/40 JeffersonGold 14,3 [.ii. estandard a Seynt Pol .ii. s. .vi. d.]; doc. 1340/41 JeffersonGold 14,-2 [pour…, ové les standars de Seint Pol (dans les années suivantes on dit ‘en lumere a Seint Pol’ et sim.: 18,-4; 22,12; 24,23; 26)], ANDEl estandard1 [2o “standing lamp (?)”, s.d., à corr.]; Gdf 3,599b [“nom donné à une sorte de torches”, Poitiers 1406]; ad FEW 17,220a)
  • 4o⁠t. de droit agn. “norme légale (concernant mesures, monnaies, types de fabrication)” (ca. 12922et. 14es.; Cotgr 1611, BrittN 1,4 [un Coruner… soit assigné de assaer touz peys et totes mesures par tote nostre verge par mi noster reaume solom nos estaundarz (norme ou étalon?)]; 1,186 ch. xxxi,1 [De mesures. Nous voloms qe nul ne eyt mesure en noster reaume for qe nous, mes qe chescun prenge ses mesures et ses peyz de nos estaundardz, sicum de bussels, galouns, lyveres et aunes, et teles autres mesures; correspond à Fleta]; 1,189 ch. xxxi,5 [les estaundartz et les essaumplaries de nos poys et de nos mesures baylé… faus poys…]; doc. Edw. III [(poids des monnaies) estandard de la change, cité par DC et par J. Ware dans A collection of tracts… Ireland, 1840, 1,274, prob. ca. 1337]; BlackBookT 1,80 ch. 31 [boissel… estandarde de la terre (boisseau légal en Angleterre)]; 1,164 ch. 57 [faulses rees (filets de pêche) non acordants a l’estandard (dans les eaues douces et les ports anglais)]; HosebDunsterO 14 [(le blé est mesuré) par bussel mesuré par l’estaundard (impr. le st-) le roi et ne mie par le aunciene bussel malement usé]; 15 [soi le baillif chargé… q’il eist l’estaundard (impr. le st-) le roi darreine, et q’il face amesurer touz les busseux… par ycel estaundard (impr. e st-)]; RedBookBristolB 1,54 [Nous ferroms loyalment l’assay des mesures et alnes d’acorder al estaundard notre seygnur le Rey. Et nule fause mesure…]; doc. 1347 RotParl1M 2,172,61 [nul tonel… ne soit eskippez (de Guyenne)… devant q’il soit gaugez par la verge acordante a l’estandard d’Engleterre], DC 7,581a; MöhrenLand 162-163; DEAF J 203 n.4; ANDEl estandard1; FEW 17,220a, cp. anglolt. LathamDict 2,3182a; 1,1541b lagena)
  • ⁠t. de droit agn. “exemplaire modèle d’une unité de mesure donnée” (1279/80ca. 1300, RedBookH 3,980 [hom deit fere un estaundard (de la nouvelle pièce de monnaie) ke deit demoerer al Escheker… E solum la forme del estaundard serra fete la moné e de tel bonté cun le estaundart (chap. ‘Forma novae monetae’, passim)]; AlNeckUtens HuntTeach 2,57,87 [semicadium : peti baril vel estandard, ms. fin 13es.(20)]; BrittN 1,190 [voist ovekes ses estaundartz de marché en marché]; OakBookS 1,46, ch. 35 [le comon coffre deit estre [a la] meson del chief alderman ou del seneschal…; leaument garderount le comon sel (“sceau”) et les chartres et le tresor de la vile et les estaundars], MöhrenLand 163; ANDEl estandard1 [cum l. cun, déjà AND]; estandard2 [sic; “small barrel” pour AlNeckUtens])
estandale f.
[ÉtymologieMlt. standale est assez bien attesté dès 1190 ou peu après, Chron. de Saint Denis (DC 7,580c, v. infra), en Italie stentale doc. 1307 Diz. di Marina 1937, 995b, standale chez Nicolaus Specialis (DC, texte cité par Möhren dans Englisch und Romanisch, W. Dahmen et al. 2005, 62n20). It.: stendale dep. déb. 14es., stantale 1em. 14es., gén. stantà ca. 1300, OVI [stendale Cron. fior. (sur un char); etc., stantale Destr. de Troya, sur un bateau]; Battaglia 20,134b; Spitzer R 76,87; CellaGall 557 [sic. stindali pl. 1354; etc.], ostendale Dante Purg. 29,79, Petrocchi 504.]
(estandale ChronSDenisP 4,68, Phil., II, ii ms. 1381, standale ChronSDenisV 6,185 ad a. 1190, ⁠mfr. estandeille ChronSDenis impr. 1493 Gdf [à vérif.])
  • “bannière colorée montée sur hampe et traverse, pouvant porter d’autres fanions, décors ou objets, servant d’insigne de l’armée etc., étendard” (1274, ChronSDenisV 6,185 ad a. 1190 [(le roi Philippe Aug. se prépare à la croisade en prenant l’oriflambe de la tombe des martyrs) Lors s'aprocha li rois des martyrs et prist de ses propres mains .ij. standales et .ij. ensengnes d'or croisetees, de desus les cors des glorieus martyrs, pour defendre, quant il se devroit combatre contre les anemis de la croiz (vérif. sur le ms. de 1274 ou peu après), lt.: duo standalia serica optima et duo magna vexilla aurifrisiis crucibus decenter insignita; ChronSDenisP 4,68, Phil., ch. II estandales; éd. 1493 Gdf estendeilles], Gdf 3,599b [ms. 1274 et impr. 1493]; Spitzer R 76 (1955) 87-89; DMF; Möhren dans Englisch und Romanisch, W. Dahmen et al. 2005, 66; ad FEW 12,237b [étym. à établir])
(1) P. 296 et add. p. 789. Propose une étym. germ. en se référant à Vossius, De vitiis sermonis 1645, 286, qui écrit «stantardus [sic, err.], vexillum Regium sive Reipublicae; ex Belgico, & Anglico standard: pro quo Galli estandard»; annoté «Non a standi verbo, sed Germanico, & veterum Belgarum standen, h. e. stare…».
(2) Sa note 3 rejette Corominas: germ. *stand imp. “stehe!” + *hardo adv. “fermement”.
(3) V. infra. Mot absent du FEW, malgré le fait que Wartburg a dû avoir une fiche de GdfLex 213c, v. l’art. Möhren n. 31.
(4) Ainsi aussi KahaneSel 1,59-63 [= Engl. Germ. Phil 60, 1961, 460-464]; ils partent de germ. *standan v. “être debout” et de son dér. aha. stanter “objet debout, poteau, pieu”, etc. (au suffixe d’outils; ils cherchent une orig. contin. du sens de ‘sorte de mesure de capacité’; v. Möhren, art. cité 64-65); précisent TL 3,1360,11: “pivot vertical du moulin à vent”, v. infra.
(5) Précisant Niermeyer[Bu 1289a]. Sa discussion part de REW 8232 statarius: sarde istantardzu qui nécessite, selon Meyer-Lübke, l’influence de istante “debout, érigé”.)
(6) Vexillum au reliquaire attaché, doc. mlt. apr.1138 (‘battle of the standard’: Dicitur a stando standardum…), v. Möhren, art. cité, 66.
(7) Cas parallèle: afr. estalon, fr. étalon, “pieu”; “modèle de poids, etc.”, deux articles dans FEW 17,211a et 212a; Möhren art. cité 69-70 [RaschiD2 426, Talmud Sanhedrin 25a,13 אשתליו"ן estalon (ms. 1290 et impr. 1497), défini “appeau, oiseau qui sert à attirer les autres”, juxtaposé à (on ne peut pas dire glosant) ארא “oiseleur”, en fait désignant un pigeon éduqué à attirer des pigeons appartenant à autrui, est plutôt à identifier avec *‘(forme de) pigeon sur un piquet (comme leurre)’].
(8) Ib. 60: la normalisation touche la monnaie, les mesures de longueur et de contenance et les poids, même les filets de pêche et la brique; ib. 59n11 et 67: question de la graphie esten- ou estan-. Noter encore ca. 1285 HosebHenO 28 la perche le rey est de .xvi. pez e demy.
(9) Parfois incluant une tente, v. HerbCandS 2,306,518-591, EnfGuillH 2177, etc.; aussi s’identifiant avec le point de rassemblement, v. VoeuxPaonR 5254, etc.; aussi l’endroit où l’on ramène du butin, v. BaudSebC 2918, etc.
(10) Enseigne en forme de manche à air représentant un dragon à la gueule béante (chez Végèce c’est l’enseigne d’une cohorte); estandart s’emploie dans Rol toujours pour désigner l’insigne païen.
(11) Cf. Schultz 2,228-234. Ex.: Milan 1038; Bouvines 1214 (Otho) qui sibi pro vexillo erexerat aquilam deauratam super draconem pendentem in pertica oblonga erecta in quadriga (Guill. Armoric. De gestis RecHist 17,95d). En it., Jac. della Lana (Bol.) et Chron. fior., etc., OVI.
(12) Cf. it. stantale (sur un bateau), 1em. 14es., Battaglia 20,134b; esp. estandarte Alf. Siete P. II xxiii 14; mlt. standardus, Narbonne 1318-1320, dans FennisGal 879.
(13) Att. isolée par Gdf 3,599c: faire estandart de qn.
(14) G.G. Alione, éd. Tosi 1864,60,-3 le gallicque estandart = Ch. VIII, vainqueur de Fornovo 1495.
(15) Attesté dès 1248 en anglolt., v. LathamDict 2,3182a (angl.: OED S2 815c, III 19), ce qui complète la local. du terme fr. aux Flandres. Autre désignation: afr. estache.
(16) CoutGén 1,1180b, III,4,19 l’estendart, estant arresté avec du mortier, suit le fief.
(17) Nous juxtaposons ici provisoirement qqs. désignations d’objets mal identifiés. Une att. de estendart, tirée d’un inv. de Ch. V de 1380, InvMobChL 3563 ung estendart de tartaire vermeil garny de courtepointes et de courtines (3576 sim., Gay), se réfère plutôt à un meuble (Hav2 2,588; ciel de lit?). Cf. encore doc. Tournai 1456 ung estandart de bachin, .iii. s. que GdfC 9,560c classe sous “enseigne de guerre”: plutôt sorte de support?
(18) RoisinM (livre de droit pic.) gloss. “serviette” moins prob.; “paravent”?; TL ‘sorte d’outil?’; KahaneSel 1,59 proposent ‘cuve’, utile pour leur étymologie.
(19) Cp. stantarea, 471 Donatio Tiburtina, v. supra; anglolt. standardum, doc. 1313 LathamDict 2,3182a, 3o et angl. standard “a tall candlestick”, OED S2 815c III 18a (dep. av. 1420); MED 92,589b, 3.a., doc. 1434/35 (to the standardes, vi lib. of newe wex, etc.; aussi le pique-cierge même). JeffersonGold traduit par angl.mod. “standard”, l’éditrice ayant prob. aussi angl.mod. standard lamp “lampadaire” en tête. La suite des att. dans le registre des orfèvres exclue une interprétation comme ‘pique-cierge’.
(20) Une mesure de capacité à contenance légale; la juxtaposition par vel à ‘petit baril’ ne prouve pas un sens spécifique (semicadium, LathamDict 2,3013b, correspond à l’angl. kilderkin, mesure de 15-18 gallons).